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Quatre Sombrals & Deux Serpents.

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Eden Swan
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Ven 15 Juin - 23:24
Eden se souvenait de l’été qui avait précédé sa troisième année comme si c’était hier.

Elle se souvenait très bien du jour où elle avait rendu visite à son oncle David, assistant ainsi par accident à son décès. David Clayton n’était pas mort en héros dans une bataille incluant de préférence deux ou trois Mangemorts : non, il avait tout simplement contracté une stupide maladie qu’il avait été trop stupide pour soigner à temps. En tant qu’éleveur de dragons, il avait passé toute sa vie post-Poudlard à l’étranger et Eden ne l’avait vu que très rarement dans sa vie, même si son métier l’avait toujours rendu intéressant à ses yeux. Lorsqu’il avait attrapé la variole du dragon, il avait laissé son cas s’aggraver jusqu’à finalement décider d’y remédier avant de contaminer son entourage. Normalement, c’était plutôt les sorciers âgés qui mourraient de cette maladie, pas les types solides approchant tout juste la cinquantaine. Il faut bien mourir de quelque chose, mais quand même, Eden espérait ne pas finir comme ça.

C’était d’ailleurs à ce moment-là qu’elle avait commencé à se demander comment elle finirait, ou du moins comment elle voudrait finir. Difficile de songer à cela à treize ans. Elle ne voulait pas finir. Mais elle n’était pas immortelle, elle n’avait aucun contrôle là-dessus. Et ces idées la dérangeaient énormément.

Curieusement, Eden se souvenait avec plus de précision de ce qu’elle avait fait après avoir assisté à ce décès. Sa famille était revenue chez Amanda, sa marraine, où les attendait le mari de cette dernière, Wesley, et leurs trois filles. Une ambiance morose s’était installée dès leur entrée dans la maison, traduisant plus efficacement que des mots ce qu’il venait de se passer. Wesley avait enjoint les cousines d’Eden à jouer dehors, et sa mère et sa marraine avaient commencé à pleurer la mort de leur frère en silence, se réconfortant l’une l’autre. Sam était resté auprès de leur père, le visage fermé. Dérangée par cette atmosphère tendue, Eden avait préféré sortir. Elle avait joué au Quidditch avec ses cousines. Le ciel était d’un gris orageux ce jour-là, et Elsie avait marqué le premier but contre Stacy, qui jouait en tant que gardienne. Stacy avait horreur de perdre, et Eden avait fait exprès de rater un nombre incalculable de buts pour faire plaisir à cette dernière, alors qu’elle ne la ménageait jamais habituellement. Si Stacy, alors âgée de huit ans, avait eu l’impression d’être un pur génie du Quidditch, Ariel avait compris qu’elle la laissait gagner et lui avait demandé pourquoi elle avait fait ça après le match avec ses grands yeux bleus innocents, simplement remplis d’une sincère curiosité. Eden avait haussé les épaules. Elle n’avait pas vraiment d’explication à fournir.

Tout comme elle ne s’expliquait ce qu’elle avait envie de faire ce soir-là. Nous étions en mai, et Poudlard était toujours sous huis-clos. Eden n’était donc pas la seule à se balader dans le château de nuit. Par contre, elle était peut-être la seule à s’aventurer dans la forêt interdite. Elle n’avait pas besoin d’aller très loin, seulement jusqu’à une certaine clairière où elle savait qu’elle allait tomber sur quelque chose de très particulier. Vêtue de ses vêtements moldus, Eden traversa le parc plongé dans l’obscurité. Des nuages épais défilaient devant le croissant de lune, la voilant de temps à autre. Un hibou ululait près de la cabane vide de Hagrid. Eden dépassa ce décor pour s’enfoncer sous le couvert des arbres, où elle alluma enfin sa baguette. Ce n’était pas la première fois qu’elle venait ici, même de nuit, mais l’endroit avait toujours un aspect spectral et un peu inquiétant, même pour elle, qui la fascinait. Chaque brindille qui craquait la rendait plus alerte que jamais, chaque ombre mouvante lui faisait plisser les yeux dans le doute. L’adrénaline se diffusait lentement dans ses veines, agréable alternative au quotidien plan-plan qui s’était installé depuis quelques jours au château. Se lever, manger, se laver, trouver de quoi s’occuper… La situation à Poudlard, qui l’avait tant divertie au début, commençait sérieusement à l’ennuyer. À cette époque de l’année, elle aurait dû jouer son dernier match de Quidditch de la saison. Faire remporter la coupe à sa maison en attrapant le vif d’or, peut-être. Même les révisions pour ces stupides examens de fin d’année lui manquaient. Elle ne pouvait même pas se moquer de ces pauvres cinquièmes et septièmes années qui jouaient pratiquement leur avenir là-dessus.
Lorsqu’elle déboucha enfin dans la clairière, des yeux laiteux se braquèrent aussitôt sur elle. Elle venait voir les Sombrals de temps en temps, sans trop savoir pourquoi, lorsqu’elle se sentait d’humeur philosophe. C’était aussi un moyen de passer du temps seule loin de l’effervescence du château, ou plutôt en ce moment de son manque d’effervescence.

Elle n’était pas venue les mains vides. Les quatre Sombrals présents se dirigèrent vers elle lorsque leurs naseaux rachitiques détectèrent l’odeur du sang qui émanait de la viande qu’elle avait ramené. Apparemment, au château, il y avait peu d’adeptes de lièvre. Eden en avait trouvé quelques-uns, congelés par magie. La viande était une denrée qui commençait pourtant à se faire rare. Comme presque tout, en fait. Encore un mois comme ça, et les élèves commenceraient à batailler pour s’approprier la nourriture ou à s’initier à la chasse dans la forêt interdite.

« Au moins, personne n’ira vous chasser, vous », dit-elle à haute voix, s’adressant aux Sombrals. « On ne doit pas être nombreux à savoir que vous existez. »

Eden n’avait parlé à personne des Sombrals, à part à Jesse-Rose et ce simplement parce qu’elle pouvait les voir elle aussi. Elle ne connaissait personne d’autre qui avait cette capacité à Poudard, et elle se demandait combien d’autres élèves encore avait vu la mort. Elle jeta la viande décongelée à ses pieds, et les Sombrals entamèrent leur repas d’un air tranquille. Eden savait qu’Hagrid les nourrissait, et elle s’était demandée si en son absence, ils pouvaient de débrouiller tout seuls pour manger. D’après ce qu’elle avait pu constater, c’était le cas. Eden se récura les mains à l’aide de sa baguette et au moment où elle leva l'une d'entre elles pour caresser un des Sombrals, elle se figea au son d’une branche qui craqua un peu trop fort derrière, signalant une présence.
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Mer 27 Juin - 2:06
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Courir. Vite ! Il fallait se dépêcher, ne pas traîner, passer un couloir, puis un autre. Qu'est-ce qui était le plus proche ? Il n'avait pas le temps de réfléchir, pas le temps de se questionner, tant pis, une décision, peu importe. Le temps était compté. Allait-il seulement pouvoir tenir jusqu'au bout ? Le jeune homme ne s'était jamais senti aussi mal depuis très longtemps. Cette souffrance... il devait s'en débarrasser le plus rapidement possible ! Il courrait, encore et toujours. Des ombres sur son chemin, il les croisait, les dépassait, les bousculait peut-être, pouvait-on bousculer des ombres ? L'interrogation lui venait naturellement en tête mais il n'avait pas le temps d'y réfléchir. Etait-ce bien des ombres, ou des silhouettes ? Des silhouettes d'élèves ? Sans doute. A moins...qu'il ne s'agisse de ces silhouettes ci. Ce visage rouge, ce visage sans visage, dénué de boite crânienne, de mâchoire, d'yeux... Insoutenable. La douleur ne faisait qu'augmenter, il devait accélérer sa course. Les ombres l'encerclaient. Elles se faisaient de plus en plus nombreuses, elles voulaient le ralentir, et elles murmuraient. Elles n'arrêtaient de murmurer, de chuchoter, pour le déstabiliser. Elles voulaient qu'il échoue, qu'il perde le contrôle.

- NON !

Il descendait les escaliers, frais, moins d'ombres aux alentours, isolé, plus de sécurité, elles ne l'avaient pas suivi, il les avait semé, il garderait le contrôle. Il ne céderait pas, jamais. La salle commune... piégé ! Il était piégé ! Des ombres partout, des formes humaines, floues, indistinctes, il ne pouvait pas discerner. La douleur s'était répandue dans tout son corps. Empoisonné, il avait été empoisonné. C'était un complot, on avait attenté à sa vie. Ces silhouettes, des conspirateurs qui restaient dans l'ombre. Tous autours de lui, il ne pouvait faire confiance à personne. Il chancela, sa vue se troubla encore davantage. Il les entendait, il les entendait tous, ils parlaient, ils pensaient, ils complotaient, ils voulaient étouffer son esprit avec des paroles inutiles, tel sortait avec tel, celui-ci avait insulté un autre, machin était amoureux de truc mais n'osait pas le dire parce qu'il se trouvait gros et moche et qu'il avait peur de ne pas l'intéresser, déjà qu'il avait tellement peu confiance en lui qu'il se trouvait lui-même inintéressant ! Dégoutant, abject, Aaron retint un haut le cœur. Il s'était fait suffisamment humilié dans cette salle, inutile d'en rajouter.

- T'es dégueulasse ! Immonde ! Tu me donnes envie de gerber ! T'es tellement gros que le gras ressort à travers les pores de ta peau de merde et te couvre de boutons ! T'es écœurant !

Le jeune homme avait les larmes aux yeux. Qui ? Aaron ou le pauvre adolescent complexé auquel il s'en était pris ? Les deux. Les ombres parlaient entre-elles, le moche s'enfuit, les murmures devinrent des paroles bien audibles. Des critiques, pourquoi avait-il agi ainsi ? Il devait montrer l'exemple à suivre. Mais cela le répugnait trop... Comment pouvait-on se laisser aller à ce point, perdre ainsi le contrôle de son corps. Tout était une question de volonté. Certains se moquaient, de lui ou de l'autre ? Il ne savait pas. Le poison, la souffrance, ils étaient toujours en lui, il devait s'en débarasser. Il allait l'évacuer, quand l'élève hideux se mis à nouveau en face de lui.

C'était lui, un reflet, un miroir.

Il était seul. Les larmes coulaient abondamment sur son visage creux et lisse, tandis que l'image qui se reflétait revenait à ses yeux grossie et purulente. Les voix... les siennes ? Il devait se libérer. Aaron joignit son index et son majeur droits, puis les enfonça au plus profond de sa gorge, il chatouilla, cela le brûla. Il gardait le contrôle, il recommença, encore, encore, cela devenait de plus en plus acide, de plus en plus douloureux. Il souhaitait vomir sa mâchoire, ses os tout ! Devenir ce visage monstrueux qui le narguait sans cesse ! De la bile ? Le poison était sorti, il avait du manger, les autres l'avaient forcé, il n'avait pas supporté. C'était donc certainement empoisonné. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas nourri... Non pas aussi longtemps que cela. Non.

Bien, à présent il se sentait nettement mieux, éveillé, vivant. Sa souffrance avait disparu, et les meurtrissures que son corps avait subit suite au lâche guet-apens orchestré par son frère semblaient se dissiper assez nettement. Ulrich paierait, ce n'était pas une bête histoire de vengeance, mais cet abruti de frangin avait son utilité, malheureusement pour lui, dans le plan qu'Aaron préparait, il ne s'en sortirait certainement pas indemne. Il repensa à sa conversation avec Alice, cela le fit sourire, puis il dévisagea son reflet, son sourire s'effaça aussi vite qu'il était venu. Non seulement il avait une tête de déterré, mais surtout il avait de vomi au coin de la bouche ainsi que dans ses cheveux. Cette coiffure n'était pas pratique pour se livrer à ce genre d'action. Il aurait du se les attacher, mais étant donné l'état dans lequel il se trouvait, sur l'instant cette précaution était bien le dernier de ses soucis. Le sorcier saisit donc sa trousse de toilette et fila le plus rapidement et discrètement possible dans la salle de bain des préfets pour se récurer de la tête au pieds. Cheveux, dents, absolument tout y passa soigneusement. A la fin de sa douche, il se demanda s'il avait bien pensé à tirer la chasse des toilettes de la salle commune avant de partir...

Propre, frais, l'esprit sain et clair, habillé d'une chemise blanche et marron et d'un pantalon de lin beige clair, il était prêt à passer une soirée de patrouille. Il redescendit alors dans la salle commune de sa maison, d'un pas bien plus assuré qu'auparavant. Il se rendit dans son dortoir, prit sa baguette qu'il attacha à sa ceinture, puis son balais. Ce soir, il surveillait les alentours du château. Après tout, il pourrait éventuellement croiser la route de sa très chère panthère, ou plutôt d'une petite peste animagus. Il prit la direction du hall, croisa quelques personnes sans intérêts, quelques camarades de la brigade qu'il salua rapidement, dont David et Gayan qui semblaient très enthousiastes à l'idée de lui raconter quelque chose, mais il leur faussa compagnie, il voulait vraiment prendre l'air. Chevauchant son Zéphyr, il passa au-dessus du lac, fit le tour du château en guettant les élèves, puis arriva à la lisière de la forêt interdite. Il espérait y apercevoir une créature féline, panthère noire ou lionne or et rouge, mais il fut surpris d'y trouver une toute autre silhouette. Au début, il ne la reconnu pas, mais en diminuant son altitude doucement, il finit par reconnaitre Eden Swan, l'attrapeuse de l'équipe de quidditch de sa maison. Il n'avait jamais pris la peine e chercher à la connaître plus que cela, c'était une bonne joueuse, et une élève sans histoire de ce qu'il savait. Dans son souvenir, la dernière fois qu'il avait prêté attention à son nom, cela devait être lorsque Alice avait décidé d'interdire l'accès à leur salle commune à un certain nombre de Serpentards, dont elle faisait partie. Il n'y avait guère prêté attention, comme à beaucoup des caprices de la jolie blonde. Il avait d'autres chats à fouetter,et cela ne devait pas être sérieux, sinon Eden aurait pu venir se plaindre à un membre de la brigade. Il ne savait pas qu'elles étaient leur problème à ces deux là, et il s'en fichait complètement.

Cependant, la raison de la présence de la brune dans la forêt interdite titillait sa curiosité. Aaron ne la pensait pas du genre à enfreindre le règlement. Il y avait-il un rapport entre elle et la... panthère ? Le jeune homme ne doutait, mais cela demeurait envisageable. Quoi qu'il en soit, il allait la suivre, car elle n'avait rien à faire ici. Toutefois, il ne comptait pas l'arrêter immédiatement, il choisit plutôt de la suivre jusqu'à sa destination, peut-être qu'elle l'amènerait vers d'autres élèves qu'il pourrait ainsi prendre en flagrant délit ! Il pista donc la jeune fille de loin, sur son balais tant qu'il le put, mais il dut rapidement en descendre, car il aurait été impossible de suivre Eden dans les profondeurs de la forêt. Il espérait qu'elle ne se mette tout de même pas en danger. Finalement, elle atteignit une clairière à l'entrée de laquelle elle s'arrêta. Le pisteur ne comprit pas tout d'abord pas ce qu'elle était venue faire ici. Etait-ce une simple promenade ? Certainement pas, ou alors elle était très stupide. Il estima alors qu'elle devait y rencontrer quelqu'un qui n'était pas encore arrivé, il décida ainsi d'attendre un peu pour voir ce qui arriverait.

Soudainement, il l'entendit parler à des personnes, ou à des créatures. Tout d'abord, comme il ne distinguait personne, il crut qu'elle conversait avec des amis imaginaires, et il plaignit légèrement Eden. Mais très rapidement, comme il vit qu'elle jeta quelques morceaux de ce qui semblait être de la viande, il tenta de s'avancer pour mieux voir, car il avait l'impression que quelque chose lui échappait. Il s'avança assez pour voir la nourriture commençait à disparaître progressivement sous ses yeux. Aaron comprit alors à quel genre de créature elle parlait. Complètement fasciné, le balais tenu dans le bras gauche, il ne fit pas attention à l'endroit où il marchait et entendit une ou plusieurs brindilles craquer sous l'un de ses pieds. La Serpentard ne se retourna pas, mais sa main immobilisée en plein geste inaccompli témoignait du fait qu'elle l'avait bien entendu, il était donc inutile de se cacher davantage.

- Eden Swan, permets-moi de te rappeler que les excursions dans la forêt interdite sont prohibées également pour les élèves capables de voir les sombrals. Si tu t'inquiètes pour eux, ce n'est pas une raison, ils sont certainement capables de se débrouiller seuls pour se trouver de la nourriture. En outre, cette viande, elle vient bien de la cuisine non ? Nous risquons déjà de manquer de nourriture pour nourrir tous les élèves si le huis-clos s'éternise, ce n'est absolument pas le moment d'en gaspiller pour les animaux.

Tout en s'exprimant, Aaron avait avancé jusqu'à la hauteur de sa camarade, tour à tour, il la dévisageait, puis regardait les morceaux de viande se faire engloutir peu à peu dans le néant. Machinalement, il glissa sa main droite jusqu'à sa baguette, contenant un poil de sombral. Ces créatures le fascinait depuis qu'il l'avait reçue et que son père avait dit qu'il le considérait comme tel. C'était davantage une insulte qu'autre chose, mais c'était resté dans son esprit.

- Depuis quand peux-tu les voir ? Pourrais-tu me les décrire ?


La première question en sous-entendait une autre, il lui demandait implicitement qui elle avait vu mourir, mais il était plus diplomate d'amener la conversation moins directement. C'était la première fois qu'il se retrouvait si proche de ces créatures, il était excité, mais se sentait aussi un peu triste.

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Eden Swan
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Mar 3 Juil - 19:47
Lorsqu’une voix qu’elle avait déjà entendue à maintes reprises s’éleva dans son dos, Eden ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Aaron Kingfell, génial. Ce type se prenait pour le nouveau directeur de l’école, version despote, depuis la mise sous huis-clos du château. Eden n’avait jamais eu affaire à lui personnellement, mais elle avait eu vent de ses méthodes plus que contestables pour faire régner l’ordre, et elle avait déjà suffisamment sa dose de pseudo-despotes avec Sullivan, inutile d’en rajouter une couche. Elle fut d’autant plus agacée par le ton condescendant sur lequel Kingfell s’exprimait. Elle n’avait pas douze ans, et même à cet âge-là, le règlement, elle s’en fichait déjà à moitié. Un grand merci à son frère ainé pour l’exemple qui lui avait donné. Cependant, Eden n’eut pas le loisir de monter immédiatement sur ses grands hypogriffes, tout étonnée qu’elle fut d’entendre son camarade de Serpentard mentionner les Sombrals. Pouvait-il les voir, lui aussi ? Parce qu’Eden n’était pas certaine de vouloir partager ce point commun avec lui. Il lui reprocha ensuite de gaspiller les réserves de viande du château et, avant qu’elle ait pu en placer une, se plaça à sa hauteur et exigea pratiquement de savoir depuis quand elle pouvait les voir et qu’elle les lui décrive. Ainsi donc, il ne pouvait PAS les voir, il était simplement au courant de leur existence.

Eden laissa retomber sa main le long de son corps et, au bout de quelques secondes de silence destiné à se rendre certaine qu’Aaron avait fini, elle lâcha d’un air contemplatif :

« Décidément, on ne peut être tranquille nulle part dans ce château. Je le pensais pourtant bien assez grand. »

Puis elle posa une main sur sa hanche et ajouta :

« En passant, petit conseil : évite de lancer une série de reproches à quelqu’un avant de lui poser des questions, ça a tendance à t’empêcher d’obtenir les réponses. Et pour ta gouverne, je me balade dans la forêt si j’en ai envie. Je ne suis pas une petite première année sur qui tu pourrais avoir ne serait-ce qu’un semblant d’influence. »

Bon, à se montrer offensive comme ça, Eden courrait peut-être à l’avant d’une confrontation, mais elle doutait que cela finisse tout de suite en duel. Aaron avait l’air plutôt intéressé par sa capacité à voir les Sombrals, et tant qu’elle aurait des réponses à lui fournir, il ne s’en prendrait peut-être pas à elle. Non pas que la perspective d’un duel avec lui l’effrayait – loin de là – mais elle n’était pas venue jusqu’ici pour ça. Même le manque d’action de ces derniers temps ne la motivait pas à se battre. Cette indolence générale était peut-être un peu contagieuse. Il allait vite falloir remédier à ça.

« Et puis il reste des tonnes de choux de Bruxelles au château, au cas où la viande viendrait à manquer. »

C’était purement sarcastique, évidemment. Elle avait conscience que nourrir les Sombrals par les temps qui courraient n’était pas une idée géniale, mais elle ne voulait pas venir les mains vides, et puis merde quoi, ce n’était pas un petit lièvre qui allait faire la différence.

En contournant le Sombral pour se placer en face de Kingfell, Eden remarqua enfin qu’il avait posé la main sur sa baguette dans un geste apparemment anodin, mais qui instilla tout de même un soupçon de méfiance en elle.

« Fais gaffe, avec ça. » le prévint-elle en fronçant les sourcils.

Elle avait glissé la sienne dans sa poche, et se tenait prête à la dégainer à la moindre embrouille, mais malgré la tension dans ses muscles elle s’efforça de paraître décontractée, caressant le Sombral qui la séparait d’Aaron. D’un point de vue extérieur, elle devait donner l’étrange impression d’agiter la main dans le vide. Elle n’avait jamais essayé de chevaucher l’un d’entre eux, même si la tentation était grande. Premièrement parce qu’elle n’était jamais monté sur autre chose qu’un balai, et ensuite parce qu’elle ignorait si le Sombral apprécierait ou non. S’il décidait de s’envoler, ça irait encore. A condition qu’il n’essaie pas de la désarçonner au passage, ou la chute serait dure. Mais voler, c’était toujours une expérience intéressante, et le Sombral ne risquait pas de lui faire traverser toute l’Ecosse avec le sort d’Hellson. En revanche, elle n’était pas sûre de très bien vivre une course bien au sol à travers la forêt, à l’issue de laquelle il lui serait sous doute ardu de retrouver son chemin. Elle n’avait jamais fait de cheval de sa vie, et ça devait être à peu près la même chose.

« Règle de politesse numéro 1 : on ne jette pas de sort dans le coin de la figure des gens quand on veut leurs infos. Règle numéro 2 : on dit ‘S’il te plaît, Eden.’ C’est vrai quoi, ça ne se fait pas, d’oublier les mots magiques. »

Venant de la part d’Eden, c’était un peu l’hôpital qui se fichait de la charité, mais c’était précisément pour ça qu’elle souriait d’un air narquois.
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